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- remue.net : Le texte de théâtre n'existe pas :: texte théâtre, texte pièce de théâtre
Apercu : Est-ce que tu pourrais revenir sur la signification et la spécificité que revêt pour toi lécriture théâtrale ? Il me semble en effet que lactivité décrire du théâtre a toujours eu deux sens très distincts, qui recoupent d? Considérons dabord le second sens, celui qui consiste à concevoir un spectacle. Ici lauteur de théâtre se place à lorigine du processus : il fantasme en quelque sorte un spectacle et il écrit un scénario, c? Cette conception de la pièce comme scénario est commune. Elle saccompagne néanmoins dun certain nombre de difficultés. Dabord il faut reconnaître que le théâtre manque dun système un peu élaboré de notation de laction, cest-à-dire dun vrai système décriture et de partition. Jappelle partition un ensemble organisé dactions données comme étant à effectuer. Ecrire la partition, cest le vrai sens de la fonction de dramaturge : celui qui crée, organise, agence, écrit laction. Or le texte de théâtre sest historiquement constitué comme notation non de laction mais du contenu de la parole. Tout sest toujours passé comme si lessence du théâtre consistait à parler, et que la parole était du coup la seule chose digne dêtre notée. Ce nest pas ta définition du théâtre ? Le drame, la déclamation, la danse, la performance, le discours politique, le concert, la conférence, le match de foot, le défilé, etc. Selon cette manière de voir, la notion de représentation est considérée dans sa dimension moins de contenu (représenter quelque chose) que de relation, en temps réel entre celui qui agit et celui qui regarde (être en représentation). On a fait un séminaire, l? De ce point de vue, forcément, la parole nest quune action parmi dautres. Sans doute une action particulièrement puissante, riche de possibles, complexe, incomparable. France ce nest pas bien vu : la tradition aime la parole souveraine, le texte pur, les acteurs-passeurs, la grande musique de la langue française ! Pourtant les acteurs parlent souvent de partition à propos du texte de théâtre ? Si on sen tient à la composition musicale doù vient lanalogie, on doit bien reconnaître léchec et le peu de sérieux de la prétention du texte de théâtre à saffirmer comme partition : la comparaison avec la musique est ruineuse. Les efforts les plus aboutis pour noter laction restent extrêmement rudimentaires. Imagine un compositeur qui nécrirait que les mélodies, sans s? Cest pourquoi le théâtre en reste à un usage purement métaphorique du terme de partition. Et sil était possible de mettre en partition tout le spectacle comme on compose une pièce musicale, tu penses quon aurait là un vrai texte de théâtre ? Du moins rien ne garantit que la partition du spectacle (aussi réussi soitil), une fois publiée, fonctionne par elle-même à la lecture. Les pièces saturées de didascalies et dinstructions sont illisibles, les scénarios de film sont dune lecture décourageante, les partitions musicales, sauf pour quelques initiés, se lisent rarement au coin du feu. En effet cette textualité ne peut être que casuelle. Tu décris là une manière relativement traditionnelle décrire du théâtre : lauteur à lorigine de la pièce. Mais de plus en plus souvent le spectacle, y compris la place et lagencement des textes, nest pas écrit par le seul auteur mais par le metteur en scène ou collectivement lors des répétitions. Oui, cest une autre manière de procéder : le travail de l? Le spectacle est alors clairement assumé comme la fin du travail. Et dans cette mesure il se subordonne un certain nombre de moyens, dont la parole, et donc le texte. On le remarque tout de suite quand on voit un tel spectacle : les textes sont moins bavards, justement parce quil y a toutes sortes dinformations plus subtilement prises en charge par des moyens dexpression non-verbaux. Et dans ce cas, le livre, s? Mais ces textes-transcriptions sont-ils plus intéressants à lire que les textespartitions ? Le problème se pose différemment mais reste au fond le même : une fois les paroles extraites du spectacle et mises bout à bout, il n? Le texte-spectacle est prélevé (abstrait) du projet global, mais pour cette raison même il en est incomplet ou lacunaire, puisqu? Rien ne peut donc a priori garantir sa consistance en tant que texte. Quand on écrit un spectacle, quelle que soit la manière de faire, on a donc une approche essentiellement utilitaire du texte ? Dans les deux cas, le texte (partition ou transcription) vient en effet se subordonner au projet du spectacle. De ce fait, il ny a aucune nécessité particulière pour que l? Rien nassure que le texte aura suffisamment dautonomie pour exister en tant que tel. Pas nécessairement, mais cela arrive quand même de temps en temps, non ? Shakespeare (exemplaire dans la mesure où il a marqué pour toujours la littérature alors quil ne sintéressait pas du tout à lédition de ses pièces), il y a quand même de grands textes littéraires écrits exprès pour la scène ? Cela ne va pas de soi. Stockhausen), cest-à-dire au fond quand leffet dart est sans intention. Cest très beau mais encore une fois, il ny a aucune raison positive pour que ça advienne, cest quand même toujours de lordre de l? Ce qui compte pour lauteur ce nest pas de construire un spectacle, mais de faire un texte, c? Cest-à-dire de sinscrire dans le champ littéraire ? Oui, cest la seconde acception du mot pièce dont je parlais au début. On a ici une démarche décrivain : lécrivain n? Il ne tire sa consistance de rien d? Stein qui a le mieux compris et travaillé le texte de théâtre dans et depuis son code, avec à la fois beaucoup de rigueur et d? Rousseau, sa différence nest pas de nature mais de convention. Mais dans ce cas, si le texte de théâtre n? Votre mission si vous l? Or le texte nest pas davantage une matrice pour le spectacle que le squelette pour le corps vivant. Rien ne garantit a priori la possible effectuation du texte, rien nassure quon pourra lutiliser intégralement, exclusivement, linéairement, littéralement dans un spectacle. Mais toute mystique du texte mise à part, il ny a aucune raison particulière pour quun geste spectaculaire plus libre ou plus singulier émerge de cette contrainte de respecter le texte. La plupart du temps c? Je comprends assez bien pourquoi les metteurs en scène ont progressivement cessé de relever ce défi : pas parce qu? Oh oui, bien sûr, de presque tout : le théâtre l? Quand je dis que rien ne garantit a priori leffectuation du texte théâtral, je veux dire : en tout cas pas davantage que nimporte quel autre texte appartenant au genre poétique, romanesque, journalistique, documentaire etc. Rien ne garantit la possible transposition du plan littéraire au plan spectaculaire et inversement parce que les paramètres assurant leurs consistances respectives ne se recoupent pas. Pour prendre le plus spectaculaire, celui de la durée, on sait bien que lennui ne fonctionne pas de la même façon au théâtre et à la lecture dun livre : et cest bien normal puisque dans le premier cas la temporalité est déterminée par le spectacle alors que dans le deuxième elle est modulée par le lecteur (même si le livre a sa durée et son rythme intrinsèques). Le paramètre du registre : il y a peu de langues où le standard écrit soit si éloigné du standard parlé quen français : cela pose des problèmes de transposition énormes. Le paramètre de la syntaxe : la multiplication de propositions subordonnées, l? Ou encore le paramètre tonal : le passage à loralité permet des accentuations originales, non nécessairement contenues en germe dans le texte écrit : on entend parfois des textes très plats qui dans la bouche dun acteur font soudain une performance démente. Les manières dêtre du texte spectaculaire et du texte livresque ne se recoupent pas entièrement. Si je récapitule ton syllogisme : soit le texte de théâtre existe en tant que théâtre mais alors il n? Et donc le texte de théâtre n? Ou alors vraiment comme miracle, quand il se trouve que deux logiques distinctes saccordent par hasard sur une même forme. Tu vois, sil nexiste pas, ce nest pas parce quil traverserait un moment de crise, ni quil serait particulièrement médiocre ou ringard (sur ce sujet je ne me prononce pas). Et le travail de l? Le texte de théâtre est toujours pris dans une sorte de double-contrainte, double-bind, divisé en un conflit insoluble du fait quil cherche simultanément deux plans de consistance, celui du livre et celui du spectacle, et que ces deux plans ne se superposent pas, ou mal, ou s? Je cherche une parole pour une mélodie que jai et une mélodie pour des paroles que jai, et ces deux choses que jai ne saccordent pas ensemble, encore quelles viennent de la même âme. Mais tel est mon sort. On ne peut pas travailler sur ces deux plans en même temps ? Je crois que la volonté de les travailler en même temps aboutit toujours à un moyen terme, une sorte de chose molle, intermédiaire, sans singularité, dommageable et pour le spectacle et pour le livre. Je crois que cest une des raisons principales de lexclusion récente du texte de théâtre de la scène littéraire. Il voulait le beurre et largent du beurre, la reconnaissance littéraire et la reconnaissance théâtrale. Mais il supporte trop de contraintes contraires. Ou comment le souci de ne pas saturer le texte dindications disgracieuses a poussé les auteurs à développer une parole dautant plus proéminente et proliférante quelle sobligeait à prendre en charge la totalité des informations, en annexant tout ce qui aurait pu relever de la communication non-verbale. La plupart du temps on se retrouve face à des textes qui donnent à la fois trop et pas assez : trop de contraintes injouables pour l? Ces petits arrangements ne poussent pas vers des formes tranchées. Alors comment sortir de cette double-contrainte ? Ici je ne peux répondre que pour mon compte. Il faut dire : les deux plans sont parallèles et ne se rencontrent jamais, sauf peut-être à l? A la limite, il peut tout à fait ny avoir aucun mot commun au texte-spectacle et au texte-livre. La meilleure manière de jouer un texte nest pas forcément de le dire. Mais comment ce rapport se réalise-t-il ? Un thème sur lequel on convient de travailler ? Une procédure de travail, une méthode, une technique ? On peut commencer par éliminer : ce nest pas un rapport thématique. Ce serait plus en effet comme une sorte dalgorithme spécifique à chaque projet, c? Quest-ce que tu appelles algorithme ? Simplement une suite finie détapes, réalisées dans un ordre déterminé, appliquées à un certain nombre de données afin darriver avec certitude à un résultat incertain. Ce que jaime dans lalgorithme (et par extension, dans l? Ne pas imaginer le spectacle, rester sur le plan de lécriture : il sagit de déduire du projet de spectacle, s? Ce code peut donc être modifié soit de l? Donc, si je résume, le texte de théâtre a deux vies en quelque sorte, deux façons de sinscrire dans lactuel, deux régimes d? Ce sont deux projets différents, avec des sous-axes communs. Lerreur serait de croire que ces deux régimes puissent exister parallèlement, simultanément dans le temps de lécriture : ce nest bien sûr pas possible, il faut sans cesse passer de lun à lautre, partition/transcription, transcription/partition, selon des procédures diverses et définies ; d? Tu pourrais donner un exemple concret dalgorithme ? Imaginons que nous décidions tous les deux de travailler à un projet de spectacle, avec en même temps derrière la tête l? Thème : nature et fonction du texte de théâtre. Scénographie minimale : deux chaises à l? Le texte de théâtre n? Possibilité de questions du public à un moment très précis (au milieu). Stan, une forme de théâtralité directe et d? Technicité rébarbative compensée par ton jeune désinvolte un peu agaçant. Entrée et installation (possible jeu de chaises, passage de politesses), exposition lente et laborieuse des prémisses, démonstration en deux points puis synthèse, paradoxe central + fou-rire, modulations improvisées permettant commentaires, anecdotes, blagues, jugements à l? Final avec démonstration technique et jeu d? Utilisation excessive de formules appartenant au registre oral contemporain comme « c? Utilisation occasionnelle de formules aphoristiques péremptoires. Usage de modérateurs : « je crois », « il me semble », etc. Point de départ : situation concrète commune (rencontre de l? Sujet : rester sur le fond théorique. In fine : altération radicale du code de l? Laban (1879-1958) a proposé une description compréhensive des phénomènes moteurs et des facteurs les générant. Il a tenté de définir les éléments constitutifs pour tous types de mouvements et en a établi la classification et la notation. Halprin (1920-) a notamment introduit en 1957 la notion fondamentale de tâche (task) dans le champ de la danse. Le lieu reste associé à la remise en cause la plus radicale des principes de la danse moderne. Rainer (1934-) a consacré ses recherches à la formulation d? Scores est une méthode de composition en temps réel qui fonctionne comme une partition ouverte offrant un moyen de communication aux interprètes. Voir par exemple sur http://www. Mallarmé, où on le voit passer du projet de spectacle au projet de livre pur, où il abandonne l? Luca puisse effectuer un cours de danse (comme nous l?
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