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- Monologue J avais 25 ans autobiographie presque theatre :: monologue theatre
Apercu : Je : né en 1968. Age suivant la date de représentation. Faîtes comme bon vous semble. Assis par terre, regarde le public. Mes dernières vacances, je les appelais déjà comme ça. Moi ce fut le septembre de mes 24 ans. Douai, des copains m’avaient persuadé que c’était bien moi qu’elle regardait. Je ne pouvais le croire ! On s’est souri, on s’est rapproché, on s’est parlé. Marie à la guitare, rien que moi, dans les quelques mètres carrés de sa chambre universitaire. Je prenais le train à 9h17. Elle m’attendait à la cafeteria de la gare. Parfois elle m’emmenait à l’un de ses cours. Peut-être aurais-je dû poser mes lèvres sur les siennes et ma vie en aurait été transformée. Fanny n’était pas très bien vue de mes « potes ». Je décidais de retraverser une dernière fois l’habituel quartier piéton. Et là, au milieu d’une rue, je tombais nez à nez, véritablement nez à nez du fait d’avoir marché en scrutant chaque terrasse, nez à nez avec des tonnes de moules. Lille, ses moules, ses frites, sa bière. Mon esprit fatigué y a vu un signe. Fatigué : naturellement, la nuit précédente, ma nervosité avait interdit tout sommeil. Comme souvent une phrase m’ensorcelait : « c’est ma dernière chance de la revoir ». Je suis dans le moule. Moule sentimentale » n’était pas encore un tube de la variété gnangnan. Ainsi je n’avais rien à fredonner et restais figé. Groupama assurance me causait déjà de nombreuses nuits d’insomnies. Dont un sixième dans un bureau. Quatre ans dans un bureau ! Je sais bien que tu ne peux pas te contenter de mon amitié. Je sais qu’on va en baver. Je croyais que se parler ainsi, se confier sans tricher, c’était impossible entre une fille et un mec. Oui, je savais : à 21 ans elle ne se sentait pas la force de quitter un type avec qui elle se prétendait unie par un lien indestructible, « deux ans de belles histoires ». Brest, lui avait confessé quelques infidélités. Maintenant je relativise : elle aussi des images incrustées dans l’inconscient l’emprisonnaient dans des réactions oppositions au modèle familial. Mais nous avions 21 ans ! Nous croyions tout décider par notre « libre arbitre ». A l’âge de l’ignorance, nous pensions tout savoir, tout maîtriser, ne jamais rien regretter, elle de me repousser, moi de continuer à l’aimer, même platoniquement, même sans la voir. Combien de fois l’ai-je écrit ! Devant les moules, je réfléchissais : ai-je travaillé uniquement pour ne pas trop souffrir de cet amour sans nuit d’amour, sans cri, sans rupture, sans champagne ni mensonge ? Et c’est devant ces moules où je restais figé plus d’un quart d’heure que ma décision se prétendit irrévocable : à 25 ans je partirai. Il me restait un an pour tout préparer, obtenir un licenciement. Jenlain étant alors la boisson de base, offerte avec le ticket d’entrée. Quelques heures plus tard, le lundi matin donc, je n’irais d’ailleurs pas au bureau, le docteur m’octroyant quinze jours de repos. En mai de l’année suivante, il faisait froid au nord et beau au sud. Mes dernières vacances, je les appelais déjà comme ça. On m’a depuis affirmé qu’il est bizarre à 25 ans de penser, « c’est mes dernières vacances ». Certains y virent même une pulsion suicidaire. Qui préfèrent se passer de cerises et de fraises plutôt que de se priver de cette « indispensable coupure ». Prendre des vacances, dans mes classifications, signifiait déjà : appartenir à une catégorie particulière, les prisonniers de l’inutile, aussi dénommés « braves travailleurs ». Nul besoin de développer davantage : travailler pour vivre. Tu travailles, tu as droit aux congés, tu pars en vacances pour oublier, décompresser, recharger les accus, voir du pays, rencontrer des gens. Houellebecq s’attirer les foudres des agences de voyages et autres profiteurs de ce marché du sexe. Et revenons aux vacances hexagonales. Autochtones aux sourires de brochures, parce qu’il est indispensable de sourire quand on vit du tourisme, et qu’il faut bien rembourser le prêt des travaux du gîte rural ou vendre à un tarif décent une production que les centrales d’achat des grandes surfaces sont disposées à acquérir pour une simple bouchée de pain. Le sourire, c’est la marge du producteur. France, le raisonnement reste le même. Les vacanciers ont parfois des contacts avec d’ autres autochtones : les retraités. Les vacanciers parfois s’intéressent à la vie de ces contrées si belles, si calmes. Ils ont des enfants ou petits-enfants du même âge. Ces enfants, ces petits-enfants ont à peu près la même vie que ces vacanciers : ils vivent en ville. Parce qu’ici, naturellement, le travail est une denrée rare. Ils l’ont racontée des centaines de fois leur histoire. Les vacanciers, ça leur fait une distraction, aux vieux. Surtout quand le bras ne permet plus de jouer à la pétanque. Prendre sa retraite à 25 ans. Qui n’en a pas rêvé ! Mais on nous fait croire que ça n’arrive jamais pour un citoyen ordinaire. Ou alors ne pas travailler à cause du chômage. Exclusion, misère et injustices sociales. Je suis un gosse de pauvres. Dans ces cas-là, il te reste. Alors tu as décidé d’abandonner une vie tranquille de salarié dont l’employeur n’est guère exigeant, pour la misère. La misère, la galère, le drame. Tout cela à cause d’une femme ! Fanny dans ma vie ! Vous auriez certes des excuses puisque son prénom revient régulièrement et que je l’ai moi-même souvent idéalisée divinisée. Ce raisonnement me convainc parfois ! Elle est même étonnée que je parle ainsi régulièrement d’elle ! Ses rares e-mails me laissent supposer que ses souvenirs de moi sont d’ailleurs assez vagues. Parce que naturellement, je n’ai pu, quand même, m’empêcher de taper son nom dans un moteur de recherche, le jour où, pour la première fois, je me suis connecté à internet. Elle seule la connaît mon analyse pêchant sûrement par excès de généralisation. Je lui ai envoyé des années plus tard, ce mini-essai sur les amazones condamnées à affronter un lugubre miroir quand elles comprennent leur histoire, avoir vécu uniquement avec des sales types, des sales types masqués durant quelques semaines, mois ou même années, prêt à tout pour se taper puis parader avec « la superbe gonzesse ». Tandis bien sûr qu’il n’ose jamais, l’être intègre végétant dans la salle « amitié ». Encore quand je lui envoyais ces neuf pages. Sept mois sans contact serait la « punition » de ma clairvoyance. Il y en aurait d’autres. Mais je m’éloigne de mes 25 ans où ma mère se trouva une nouvelle litanie : « avec tout ce que l’on a fait pour toi, après tant de sacrifices ». Elle était fière d’avoir un fils cadre. Pour des parents agriculteurs, c’était la promotion sociale rêvée. Ce serait plus difficile à proclamer « au chômage ». Voyant que ça ne fonctionnait pas, elle se relevait et déclara « mon fils a décidé de reprendre ses études pour devenir chef d’entreprise ». Je haussais les épaules tout en jugeant superflu d’épancher mes états d’âme genre « ça m’aurait fait plaisir si elle m’avait soutenu. Je n’ai donc pas écouté les « bons conseils », les gentilles ou cyniques mises en garde, je n’ai donc pas écouté ces braves gens restés où le vent les a déposés. Et j’y ai cru à ma promesse de la braderie. Il me crut « vraiment malade ». Un dossier m’attendait : il le retrouva au même endroit trois jours plus tard et s’énerva. Dans ces cas-là tu le fais toi-même. Caroline et prenais une bouteille juste entamée, pour la vider à petites goulées. Naturellement à l’heure du repas. Mais dans tout combat, quelques victimes collatérales, c’est inévitable. Faut-il supprimer le pot du vendredi ou m’en interdire l’accès ? Une convocation dans le grand bureau mit fin à cette épineuse question. Pour éviter trop de vagues, la direction me proposait un accord transactionnel. Car naturellement, un grand groupe, avec des racines agricoles, ne peut se permettre de licencier. En insistant bien sur le fait qu’ils m’avaient forcé à signer. Alors que s’il s’agissait d’une proposition de l’entreprise, acceptée par le salarié, j’entrais dans la grande famille des indemnisés. Malheureusement, nous ne pouvons rien faire. Ils savent ne laisser aucune preuve de leur méthode. Il me remit même la carte d’un syndicat, en murmurant « n’hésitez pas à venir me retrouver dans un autre contexte. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts. Et je ne suis pas parti dans le sud. Une copine, ma copine bien sûr. Elle aussi avait gobé la version d’un harcèlement moral et elle en était persuadé : j’allais rapidement retrouver un poste avec salaire équivalent. La version du harcèlement moral était plus simple. Elle était ravie de notre mise en ménage, comme certains l’annonçaient, et nous imaginait déjà bientôt heureux propriétaires en quartier résidentiel grâce à cette prime et ses placements, capital qui constituerait un apport suffisant et engagerait une banque à nous prêter, sur 25 ou 30 ans, une somme bien rondelette que nos salaires rembourseraient sans difficulté. La belle maison dans le beau quartier. Mais néanmoins elle accepta que je prenne quelques mois de repos. Un an et demi passa ainsi. Fanny, n’essayant même pas une seule fois de la revoir. Je me levais vers huit heures, déjeunais d’un bol de lait et deux tartines beurre chocolat. Puis partais à la bibliothèque. Je rentrais préparer le repas que nous prenions en tête à tête. Le plus souvent nous faisions même l’amour. Je retournais l’après midi à la bibliothèque. Charles, arrogant, puant la clope. Je doute de vos recherches. Vous allez bientôt être chômeur longue durée. Il vous faut une formation. Le soir chère compagne confirma le bien fondé de cette analyse. Le lendemain, pas de bibliothèque. Ayant vendu quelques meubles qui auraient fait double emploi lors de mon installation rue des 3 visages, seules une télé et une étagère ne purent être casées dans ma voiture. Elle méritait quand même d’hériter de l’étagère et de la télé ! Puisqu’il n’y a pas de travail par ici pour moi, je vais tenter ma chance ailleurs. Tu l’as comme moi remarqué : nous ne faisons plus l’amour chaque jour. Et mon orientation littéraire te déplait de plus en plus. Je ne suis pas l’homme qu’il te faut. Et blabla et blabla ». Après une nuit sur un parking d’autoroute. Naturellement, en camping, ce n’est pas évident de trouver un emploi. Pour vous le plus important est donc de trouver un logement. Repassez donc nous voir dès que votre situation sera stabilisée. Un divorce aux couteaux, chacun exigeant sa part, voulant surtout éviter que l’autre reste. Malgré mes cheveux longs, ils ont signé. Et comme leur silence semblait corroborer ces propos, ils n’ont pas insisté. Continuez », c’était « continuez dans l’artistique ». Ce n’était pas noté sur mon dossier mais l’interlocutrice me fournissait une hypothèse plausible : « une migration informatique ». Six mois plus tard, ce fut plus difficile : le gouvernement avait changé ! Il fallait « épurer les fichiers ». La chasse aux fraudeurs s’engageait. Mes livres, aucun éditeur n’en voulait, mes textes de chansons, aucun interprète ne les chantait. Il faut dire, je n’avais contacté ni éditeur ni chanteur. Alors il m’a fallu travailler ! Il me fallut jouer serré. Persuader que je n’y connaissais rien, absolument rien en informatique, ayant seulement été salarié grâce à un lointain cousin. Un lointain cousin ne paye pas quelqu’un ainsi durant cinq ans. Je constate que vous aviez un statut de cadre. Il faut toujours prévoir ce qu’un bureaucrate pourrait vous rétorquer par simple logique administrative. Vous voulez vraiment savoir ce que je lui faisais quand il m’appelait dans son bureau. Et c’est pourquoi vous me voyez sur scène. Monter sur scène est donc mon nouveau métier : j’y raconte ma vie. Les plus jeunes rétorqueront : à ton époque peut-être mais maintenant. Je sais, 1993, si vous avez 25 ans, si vous cherchez comment ne pas vous engloutir dans les voies sans issues, 1993, c’est une autre époque. Et même pour celles et ceux nés à la même époque, la facilité c’est de penser : on a raté le coche, maintenant il faut en chier jusqu’à la retraite, en espérant que l’état nous la versera, et alors, et alors, et alors. Si à cause de la date du grand virage de cette histoire, 1993 donc, vous pensez : son cas n’est pas adaptable. Ceci n’est pas un mode d’emploi ! Simplement une réaction devant une situation. En 1993, si j’avais écouté 1968, 1975 ou 1980, j’aurais aussi pu être découragé, maudire d’être né trop tard ! Ceci est presque une lapalissade : la situation change chaque jour ! Les époques changent mais les données de base restent les mêmes : un individu et des tas de chemins ; certains plus faciles, d’autres plus évidents, d’autres quasi impossibles. Et le chemin, celui qu’une petite voix à l’intérieur te susurre, celui à inventer. On ne suit pas son chemin, on l’invente. Pour moi, il y eut des tas de bureaucrates, des tas de bons conseils. Mais tout ça, c’est le prix à payer. Deux attitudes face à une tentative d’embrigadement dans un pays démocratique : la grande majorité balbutie fataliste : « j’ai rêvé. Et trouver son point d’équilibre. Trouver sa voie quand tant suivent les ruelles balisées, et grinchonnent, et manifestent. Trouver sa voie et en payer le prix.
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