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salon du livre - pièce de théâtre - Dîner, nuit et petit- déjeuner d’écrivains régionauxApercu : Paul : écrivain (quelques livres publiés. Martine : 51 ans, a auto-édité cinq livres, professeur de français. Christophe : 57 ans, publie des « livres jeunesse » chez divers éditeurs. Ternoise : 35 ans, a auto-édité sept livres, créateur de sites internet. Mi rmiste mi travailleur indépendant. Nestor : 75 ans, écrivain « romans du terroir » en auto-édition, notable régional, hébergé par la municipalité. Pierre : 52 ans, publie des livres en dilettante, à quelques exemplaires, auto-édite et auto-imprime, « ni hébergé ni nourri » par les organisateurs mais retourné chez lui la veille (vit à vingt kilomètres). Pierre peuvent être joués par le même acteur. Le plus souvent, les « écrivains » sont scandalisés quand on stigmatise leurs « petits défauts » (sans mettre en valeur leurs « immenses qualités »). Pour les proches des « modèles », je précise : mais non, nous ne fûmes jamais ainsi ! Du modèle au personnage, c’est comme passer au-dessus d’un pont, de la rive droite à la rive gauche. Paul : la pièce principale : salon / salle à manger. Paul, en signe d’amitié » et une signature illisible. Trois portes : la première conduit à la cuisine et aux toilettes, la deuxième donne sur l’escalier vers les chambres, la troisième est la porte d’entrée. Christophe à table, durant l’apéritif (on sent plusieurs verres déjà vidés). Vous savez pourquoi il a pris un pseudonyme ? Parce qu’un pseudo, ça donne un genre. Petit, c’est vrai, on peut pas plus banal. Allez, toi qui as toute une journée été le voisin de sa sainteté le plus jeune d’entre nous, dis-nous pourquoi il édite désormais ses (avec emphase) « oeuvres » sous pseudo. Un peu de tout ce que vous avez dit naturellement, on le sait tous, mais il m’a avoué la raison principale. Et tu l’as cru ? Paul : - Ça ne veut bien sûr pas dire que c’est la vérité, mais on peut affirmer qu’en ce samedi il voulait que je retienne cette version. Donc, comme tout chez lui, c’est du préfabriqué, c’est de la mise en scène. Cocteau définissait le roman, (en appuyant fortement :) un mensonge qui dit la vérité. Mais s’il était romancier, ça se saurait. Je suis quand même allée jusqu’à la page 52 de son premier roman. Alors que tu n’achètes jamais les miens ! Et il a encaissé ton blé, et sur ses sites il ne parle que de lui, veut se faire passer pour un vrai écrivain. Fossettes on dit, multi-fossettes (personne ne prêtant attention à sa remarque, il laisse échapper une moue de déception). En fait, il s’essaye un peu à tout, après la poésie, les nouvelles, la chanson, je n’ose dire, vu le niveau, le roman, et monsieur nous annonce ses ambitions théâtrales ! Il est plus à plaindre qu’à moquer ! Tu devrais être critique littéraire ! Mais j’en ai eu vite marre d’écrire de bons articles sur de mauvais livres. Martine avec l’autre, t’espérais le renvoi d’ascenseur ! Moi y’a longtemps que j’ai compris : j’ai aussi aidé les copains mais à chaque fois je passais pour un con. On est des loups ! Christophe, que tu as pompé trois sites internet pour écrire ton dernier livre et que maintenant tu passes pour un spécialiste du loup ! Encore un effort et tu seras invité à la télé ! A chaque fois que je fais une confidence, ça me retombe sur le coin de la gueule ! Autriche observer des loups ! Tout le monde fait comme ça dans le livre documentaire ! Paul ressert un apéritif, ils trinquent). Ternoise, notre futur partenaire de belote. Si si, naturellement, c’est passionnant d’avance, dépêche-toi avant qu’il n’arrive, c’est une information essentielle. Est-ce que moi je lui en veux de son acrostiche disons. Il s’est même essayé aux acrostiches ! Tout plutôt que la vieillesse ! Allez, de toute manière, il ne doit pas avoir d’illusion sur notre estime, même littéraire. Je suis certain qu’il est persuadé qu’on le considère comme le meilleur d’entre nous. Martine : - Ça m’rappelle quelqu’un, cette expression. Mais qu’est-ce qu’il devient ce. Faut être réaliste parfois ! Tu sais, il a nettement plus d’orgueil que d’humour, ce petit. Tchou, s’inscrit plus dans la littérature que lui. Tu devrais écrire du théâtre ! Et elles ont été représentées ? Mais il a pris froid ! Culture avait eu une très bonne critique. Mais on ne me demande plus rien. Il faut le publier ton théâtre. Paul avec mon admiration ». Le soir même du salon du livre de notre échange, je m’en souviens comme si c’était hier, le ciel était d’un bleu à réveiller les tulipes ; il a ouvert ton livre, il devait sentir le génie. Le génie était dans la pièce. Je me souviens très bien, il m’a dit, ah ! Mais ça a l’air super, vraiment super. Naturellement, tu me connais, je ne pouvais pas réfréner sa soif de connaissances. Il m’avait promis de me le ramener la semaine suivante, parce que moi aussi j’étais impatient de te lire, et le petit scélérat, il ne me l’a jamais rendu. Selon toi, j’ai donc de l’avenir dans le théâtre ouvrier. Au fait, tu as apprécié mes. Si je te dis qu’une copine me les a empruntées à long terme, connaissant ma vie sexuelle, tu ne me croiras sûrement pas. Tu ne vas pas t’y mettre aussi. Je te l’ai toujours dit, tu aurais dû faire comme moi. Enseigner, ça te bouffe la vie. Je ne regrette nullement mes sept années d’enseignement mais c’était amplement suffisant. Je suis certain, même financièrement, je m’en sortirais pas mieux avec un salaire. Rmi, ça laisse vachement de temps. Et puis de temps en temps, j’anime un atelier d’écriture. Avec tes acrostiches en plus, tu dois être le plus riche d’entre nous. Mais je n’ai aucun talent pour les acrostiches. Et comme tu as toujours je suppose ton copain de la direction des impôts, tu es tranquille. Parfois il faut payer de sa personne. Il est plus tout jeune, et il perd parfois son temps avec des midinettes. Martine, tu vas te mettre à l’autofiction ! Pascal, rester dans une chambre et méditer sur le sexe des anges. Et regarder la télé ! Pour ma légende, il faut marteler, marteler « méditer ». Paul écrira peut-être bientôt ma biographie. Paul, tu es encore avec nous ? Je vais vous laisser causer télé (il se lève). Sur ce sujet, je ne suis plus à la page. Paul sort (porte cuisine / toilettes). Entre 3 heures 30 et 5 heures. Il devait être le seul à écouter ! Avec ses droits d’auteur, il ne doit même pas avoir pu acheter une ramette de papier pour imprimer ses acrostiches. Je n’ai jamais osé lui dire, je ne sais pas comment il réagirait, mais il devrait quand même se rendre compte, ça ne fait pas sérieux ses acrostiches, il ne retrouvera jamais d’éditeur avec une telle réputation. Sa main évoque le velours. Nestor, ses histoires sont drôles. Mais quand tu les entends pour la quinzième fois, et qu’à chaque fois il a un rôle de plus en plus avantageux. Il baratine tellement, qu’on ne peut plus être certain de rien. Fais le test : parle d’une plage où tu as croisé trois jeunes en bronzage intégral, et commence à les décrire. Mais les mecs, ça ne m’intéresse pas, moi c’que j’aime, c’est les femmes de vingt-cinq-trente ans qui viennent d’avoir un enfant. Tu vois, le matin, je me promène toujours à l’heure de l’école maternelle, tu les vois ressortir avec une petite inquiétude sur le visage mais un tel sentiment d’épanouissement. Soit tu es un poète qui s’ignore, soit un déprimé qui rêve encore. Christophe : - Ça doit être l’autre cinglé. Pourquoi aller ouvrir alors que personne n’a sonné ! Qu’il tombe des grêles ! Ils rient de plus belle. Si j’étais méchant, je souhaiterais un orage et que la foudre nous en débarrasse. Il se réincarnerait peut-être en écrivain. Au moins il serait utile. Nestor, alors je l’ai emmené. Christophe devaient se bécoter en douce ou qu’ils n’ont pas osé aller ouvrir. On ne sait pas qui peut sonner chez toi à une heure pareille. Rassure-toi, j’ai prévenu tout le monde que ce soir je recevais. Stéphane : - Ça nous aurait fait une bonne étude sociologique. Oh, elle avait qu’à être là quand je suis passé. Nestor, alors, ton prochain livre, ce sera le dictionnaire de tes conquêtes ? Christophe nous fait une petite déprime, il vaut mieux éviter de parler d’âge aujourd’hui. Pourquoi tu déprimes alors que tu as signé pour trois livres. Toucher un pour cent du prix de vente hors taxe, c’est scandaleux. Mais tu vas être distribué en grandes surfaces ! Ne pose pas des questions dont tu connais la réponse. Je ne sais pas si tu vas bien. Mais tu sais bien que je vais te répondre une banalité. Tu n’as quand même pas oublié qu’il y a deux heures nous étions des voisins qui, faute d’un possible lectorat, échangeaient leur point de vue sur les avantages et inconvénients de leurs choix d’édition. Mais depuis je t’ai vu partir en galante compagnie. Il parait que les chanteuses sont très. Et les chanteurs crétins, les écrivains fauchés, les bureaucrates. Bon, donc ça ne s’est pas très bien passé. Elle voulait que je voie ses parents. Et c’est vrai, quand on est arrivé chez elle, ses parents étaient là ! Sinon il suffisait qu’on se donne notre adresse e-mail. Donc tu es de mauvaise humeur. Ce genre d’aléas ne peut plus grand-chose contre moi. Ternoise nouveau est arrivé, arôme mystique. Stéphane (il lui en tend une autre), prends une chaise chaude. Celle où j’étais avant d’aller à la cuisine, d’ailleurs il faut que j’y retourne. Pose tes fesses là où étaient les miennes voici quelques minutes. Paul, dès qu’il voit un mec plus jeune que lui, il frétille. Pourtant ça rime avec fille. Et vous croyez ainsi obtenir trois lignes dans ma biographie. Tu vas écrire ta biographie ! Bien, commence un peu plus tôt mon ami, parce que je suis en route, et j’espère bien la terminer avant qu’il m’abandonne (il place sa main droite sur son coeur). La plus belle phrase de ton oeuvre ! Tu verras quand tu auras 90 ans. Quand j’avais 50 ans, je disais 40, quand j’en avais 60 je disais 50 et depuis 70 je me vieillis de 5 ans chaque année. Bon, je verse l’apéro et j’y vais, sinon on ne la mangera jamais cette omelette. Stéphane te croit, c’est que sa chanteuse le perturbe vraiment. Paul, qui s’est assis, ils trinquent. Tu n’aurais pas un sujet plus réjouissant ? Aux arbres épargnés par nos tirages. On pourrait trinquer toute la nuit ! On a dit qu’on se couchait tôt. Je ne te savais pas aussi intéressée. Je demande pas d’en gagner, tu sais, mais au moins de rentrer dans mes frais. Moi je peux publier dix livres sans en vendre un seul ! La vente du restaurant a fait de moi un capitaliste ! Mais je préfère les vendre, mes bouquins ! Et avec l’argent, je me paye toutes les femmes que je veux. On voit que tu es bien informé ! On est plus en 1800 ! Heureusement, je vais te dire ! En 1800 un communiste capitaliste, ç’aurait été impossible ! Si on part sur la politique, y’a des oeufs qui risquent de voler ! Et je le resterai ! Chine fera comme moi, le jour où ils comprendront qu’on peut être communiste et capitaliste ! Je crois que je suis la seule qui va oser t’accompagner dans la cuisine. Comme tu n’en parlais plus, je pensais que tu les avais offerts aux parents de ta chanteuse. Le nécessaire passant par le manger il vaut mieux élever ses bêtes. Je comprends pas pourquoi t’as pas des poules ? Martine vont dans la cuisine. Nestor, tu as encore été celui qui a vendu le plus aujourd’hui ! Je crois que les gens se disent « le vieux, il va bientôt casser sa pipe, alors il faut qu’on ait au moins un de ses livres dédicacé ». Sois pas vache avec elle. Mon premier livre se vendait pas aussi bien que les suivants. Depuis que je te connais, je te vois dédicacer dédicacer. Je sais m’y prendre quoi ! A chaque livre tous les copains me font un bon article dans leur journal. Et les politiques, ceux qui sont au pouvoir, je les ai connus gamins, ils venaient manger au restaurant. Tout ça, ça crée des liens. Elle aurait fait comme les autres, à cette époque-là ! Tout se tient dans la vie. Parfois il faut concilier l’agréable et le rentable : encore aujourd’hui, vaut mieux coucher avec la femme qui va te faire vendre deux cents bouquins plutôt qu’avec celle qui n’a pas de relations. Martine revient avec six assiettes. Martine adorée, pas pour moi, tu sais bien que monsieur le maire m’offre le repas. Et nous on squatte ! Martine pose les assiettes, boit une gorgée et retourne dans la cuisine. A part des poules, t’as quoi comme bêtes ? Deux dindes, un dindon, deux oies, trois canards, des pigeons, des cailles. Tes bouquins, internet et tes bêtes, tu t’en sors alors ? Rmi, j’essayerai de le garder. Messieurs les censeurs, vous n’avez aucune légitimité artistique pour juger de ma démarche littéraire ». Tu n’auras plus de couverture sociale non plus. Et ne perdons pas notre temps avec des problèmes possibles. Chaque jour est une équation à résoudre où ni le passé ni le futur n’ont leur place. Paul n’est pas là, on peut parler d’auto-édition. Tes livres sont bien distribués. Je suis à moral zéro. Mais là, le jeu n’en vaut pas la chandelle (personne ne l’écoute). Quand j’ajoute le nom des éditeurs, là les gens me regardent autrement. Et le livre jeunesse, c’est encore pire que le roman, les réseaux de distribution sont complètement verrouillés. Mes meilleures ventes, c’est en grandes surfaces. Et si tu envoies un huissier pour vérifier leur comptabilité, là tu es certain d’être grillé chez tous les éditeurs. Tu vois, malgré vingt livres publiés, j’ai l’impression d’être un petit enfant qui doit dire merci quand on lui signe un contrat. Milan j’étais à 3 ». Elle s’est pas gênée, la blondasse platine, de me balancer : « vous savez bien que si vous ne signez pas, un autre auteur sera heureux de signer ». Une mafia, tu l’as dit. Un pour cent à l’auteur, un pour cent à l’illustrateur, ils doivent considérer que donner deux pour cent c’est encore trop. Ils m’ont fait une pub dingue c’est vrai. Mais au moment de payer, y’a fallu que je fasse intervenir un bon copain pour que l’éditeur mette l’argent sur la table. Si je dis tout dans ma biographie, vous en découvrirez de belles mes amis. Il va demander un arrêt de travail. Martine, qu’elle lui applique tendrement des compresses. Stéphane : - Ça change, parfois, un homme ! Si vous voulez, je vous en raconterai quelques-unes. Ou alors il ne s’est pas brûlé. Et l’oeuf a explosé au mauvais moment ! La civilisation n’a pas apporté que des bonnes choses. Paul arrive en secouant la main gauche dont le dessus est recouvert d’un sparadrap. Martine suit avec la poêle dans la main droite, la casserole de pâtes dans la gauche. La douleur est une invention du corps pour se protéger des agressions extérieures. Remercie plutôt ton organisme ! Martine pose l’ensemble sur la table. Parfois, tu dis vraiment n’importe quoi, quand même ! Ta main vient de te signaler qu’il ne faut pas la détruire. Si tu as retenu la leçon, remercie ta douleur et dis-lui « bonne nuit la douleur ». Tu veux que je te la colle pour tester ta théorie ? Tu veux la voir ma cloque ? On a évité un drame, si ç’avait été la droite, demain tu ne pouvais plus dédicacer. Mais en ce temps-là c’était volontaire ! Au restaurant, on avait un chef extra. Il utilisait de ces colorants, certains étaient même interdits ! Les plus beaux plats de la région qu’on avait ! Vous avez ajouté du maïs ? Tu les trouves où tes oeufs ? Comme tout le monde, au supermarché. Et elles mangent quoi les poules qui pondent dans tes barquettes ? En plus d’être élevées en plein air, elles choisissent leur herbe, retournent la terre pour y trouver de bons petits vers de terre, attrapent des criquets, des escargots. Les poules n’ont pas attendu les nutritionnistes des multinationales pour exister. Tu vas voir la différence. Mais je ne peux quand même pas arriver le ventre plein à la réception de monsieur le maire (il regarde sa montre). Tu vas quand même prendre un verre de vin avec nous ! Elle se penche, ouvre son sac, et en sort une bouteille. Avec les traductions, je dois y être. Alors malgré tes 200 000 exemplaires tu n’as pas les moyens de nous offrir une bouteille ! Cahors avant de l’avoir bu. Elle se penche et sort de son sac une autre bouteille. Cahors qui nous saoule le plus ! Stéphane, avec tes trois oeufs tu passes pour un radin ! Bon, alors je dois la sortir avant l’heure prévue. Stéphane se lève, va ouvrir son sac, en sort une bouteille. En plus des oeufs, du champagne, je suis touché. Je ne sais pas si tout ça, ça s’accorde avec une omelette et des pâtes. Bon, je fais le commentaire avant vous : c’est moi qui passe pour un radin avec une misérable bouteille. Christophe, on sait bien que ta femme te surveille. Mais je suis marié mon ami ! Quarante ans de mariage ! Faut pas demander si tu n’étais pas marié ! Tu crois quand même pas qu’en plus de la voir entre mes quatre murs, je vais la laisser me suivre ! Paul se lève et sort. Pourtant je n’ai pas parlé d’éphèbes sur une plage. Paul revient avec un tire-bouchon. Cahors puis remplit les verres. Aux livres et à ceux qui les achèteront. Je crois que je vais d’abord faire un saut à l’hôtel. On ne demande pas à voir. Nestor » (il met sa main droite dans la poche droite de son pantalon et ressort une liasse de billets). Martine : - Ça va sûrement te surprendre, mais y’a des femmes que ça laisse indifférent. Indifférentes, au féminin pluriel, j’aurais dit à ta place. Tu dis ça parce que t’es entourée d’amis. Embrasse la dame en blanc de notre part. Nestor, d’avoir honoré cette maison de ton passage. Comme beaucoup il doit en dire plus qu’il en fait. Il arrive un âge où le sexe devient la médaille de ceux qui n’ont pas la légion d’honneur. Le plus honteux, c’est que ses livres se vendent. Les gens achètent n’importent quoi. Nestor et sa petite phrase sirupeuse « ça vous replongera dans un monde qui n’existe plus », et les vieilles achètent. Les jeunes aussi avec son « vous l’offrirez à vos parents » ou « vous verrez comment ont vécu vos grands-parents ». Stéphane : - Ça ne veut pas dire que ses livres sont lus. Mais au moins le fric rentre ! Moi il me faut deux ans pour rentrer dans mon argent. Moi ça me donne un moral d’enfer, de le voir en si bonne forme ! Je ne parle pas de son écriture mais de son entrain. Je me dis que j’ai encore devant moi quelques bonnes décennies. Faudrait encore en vivre ! Et comment tu avais été invité là-bas ? Tes livres ne sont pas traduits en italien ! Ils ne te connaissent quand même pas ? Mais tu sembles ignorer qu’en certains milieux, je suis très apprécié. Un livre acheté, un oeuf offert, tu ferais un malheur. Tu en vends des oeufs ? Quand j’en ai trop, le chien adore ça, et ça lui fait des poils d’un luisant. Mais par chez moi les gens sont civilisés, ils ont leurs bêtes. Les verres se vident et se remplissent rapidement. Stéphane, puisqu’on est entre nous. Nous sommes condamnés à la notoriété ! Vas-y, fais-nous partager tes découvertes. Au-delà des raisons pour lesquelles on écrit, ce qu’on écrit n’a d’intérêt qu’historique. De notre vivant, enfin, au moins durant nos premières décennies d’écriture, ce qui primera ce sera le médiatique. Tu veux dire qu’on est obligé d’être connu pour être lu ? Mais si tout le monde dit quelque chose. Mais tout le monde pense alors que son voisin ne me connaît pas ! Il se dit, « tiens, cet écrivain, ça a l’air d’être un type intéressant ». Et il achète ton bouquin ? Achète un bouquin celui qui se dit « je vais sûrement découvrir quelqu’un d’original ». Ils pourraient en parler pour faire découvrir. Je commente toujours la majorité. Et tu en croises beaucoup des exceptions ? Ne pose pas des questions dont tu connais la réponse ! On ne vit pas sur le dos des exceptions. Figeac pour vendre trois bouquins si je pouvais en vendre cinquante en allant dans un vrai salon du livre ? Ne m’attribue pas plus de pouvoir que j’en ai ! Lundi, qu’est-ce qu’on va répondre au premier pecnot qui osera demander « alors, ça c’est bien passé ton week-end ? Tu me poses la question ? Les gens achètent de moins en moins de livres, mais j’ai pas à me plaindre quand même. Je me moque de toi, de moi, de nous. Finalement, tu devrais écrire un essai. Si un visiteur des sites sur mille achetait un livre. Mais il faut être logique, vendre des livres n’est pas le but. Alors je ne vois pas l’intérêt d’avoir des sites. Mais non, c’est une suite logique. Puis elle fut gravée, dans la pierre, sur des os humains, peinte sur les parois de grottes. Paul d’alors : si on écrit la pensée, plus personne n’écoutera, plus personne n’apprendra. Pourquoi tu me fais tenir le rôle du conservateur qui refuse tout progrès ? La disparition du livre, ce n’est pas un progrès. Mais c’est bien toi qui veux garder sur un piédestal les éditeurs, qui regardes de haut l’auto-édition comme si le travailleur indépendant qu’est l’auteur-éditeur n’avait pas sa place dans la littérature, parce qu’il n’a pas été légitimé par un vénérable éditeur. Mais en plus tu assimiles l’auto-édition au compte d’auteur. Donc pour toi c’est la même chose ! Mais tu sais bien que la majorité de ceux qui s’auto-éditent c’est parce qu’ils n’ont pas trouvé d’éditeur comme tu dis classique. Ce n’est pas parce qu’une activité est utilisée faute de mieux par des écrivaillons, qu’il faut en conclure que l’activité est méprisable. Mais si on en arrive à la disparition du livre, tu parles d’un avenir ! Après la pierre et les os humains ? Et un jour on a relié le papier sous forme de livre. Le livre a eu quelques siècles de triomphe. Finalement, tu devrais devenir enseignant ! Tu devrais me remplacer ! Il faut faire travailler les jeunes. Et devant mon tableau noir, je conclurai : dès que le numérique sera plus pratique que le papier, il le supplantera. Des millions d’arbres seront en plus épargnés. Alors il n’y aura plus d’écrivains. En conservant l’ensemble des droits, je récupère l’ensemble des droits dérivés. Mais je comprends pas ta logique d’écriture, de ne pas te fixer dans un genre, de faire ainsi feu de tout bois. Ils ne doivent pas savoir où te classer. Mais je ne suis pas un bibelot dont on recherche l’étagère qui le mettra le plus en évidence. Tu sais bien ce que je veux dire. Ecrire, l’essentiel est d’écrire, tu en conviens ? Naturellement, mais si personne ne s’y intéresse. Le succès est toujours un malentendu ! Il est donc inutile de courir après ! Quand ça arrive, le plus souvent l’écrivain est déboussolé, paumé. On lui demande de tout ! Et bien moi, ce jour-là je placerai mes textes, chanson, théâtre, scénarios. Tu ne m’as pas convaincu ! Si je t’ai bien suivi, il suffit d’attendre. La patience est notre grande vertu ! A ce petit jeu de l’attente, je ne me vois pas attendre encore cinquante ans ! Et en attendant, il faut bien vivre ! Les droits dérivés, on y revient ! Tu deviens comme un coureur automobile, avec des pubs partout. Mais pas du tout ! Encore une réduction caricaturale orchestrée par l’industrie du livre pour effrayer leurs petits auteurs. Le versant littéraire et le versant publicitaire sont dissociés. Aucune publicité dans les versions numériques mais les internautes fournissent leur adresse e-mail et reçoivent d’autres messages, des messages cette fois publicitaires. Et vous êtes nombreux à faire ça sur internet ? France je suis le premier. Internet, internet, je suis trop vieux pour m’y mettre comme toi. Mais qu’est-ce qu’on vient de faire ? Comment tu peux envoyer un texte, tu es toujours derrière ton écran ? Avant d’être un mec bizarre qui promène ses livres, j’ai été un jeune informaticien. Tu dis tout en deux fois. Windows et un virus ? Windows c’est payant alors qu’un virus c’est gratuit. Ayez peur, ça me permettra de prendre un train d’avance. Stéphane a une moue signifiant « ils n’y comprennent vraiment rien ».
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